“Le sens de ce que l’on est, le sens de ce que l’on fait”.

Un mot sur la situation actuelle : « Nous sommes en mission ! » affirme Thomas Pesquet. Ces propos nous interrogent sur le sens du confinement du tiers (moitié ?) de la planète. Pour chacun de nous, le confinement c’est d’abord une solution face à un problème crucial et notre mission est bien de contribuer à sauver des vies. C’est un engagement individuel et un choix collectif. Dans cette situation extra-ordinaire nous devons nous engager…

Le confinement c’est aussi l’occasion de prendre du recul (subi ou volontaire) vis à vis du quotidien (regardons notre belle planète d’une station orbitale !) d’en tirer les enseignements afin d’anticiper, d’ores et déjà, l’après-crise notamment pour les entreprises.

Le management et le leadership, la quête du sens (dirait-on d’une mission ?) n’est pas un mouvement nouveau, il caractérise notamment les « millénium » récemment entrés dans l’entreprise. Leur rapport au travail, leur rapport à l’autorité ont sensiblement modifié la relation managériale et les conditions d’engagement des équipes par l’exigence « du sens de leur mission ».

Le renforcement de la quête de sens augmentée

Une des conséquences de cette crise sanitaire sera probablement le renforcement de cette quête de sens, augmentée des perceptions d’urgence et de dangerosité vécues par chacun de nous : quel est le sens de la mondialisation ? Quel est le sens de la compétitivité économique si elle conduit à des choix qui détruisent la planète ? Quel est le sens du système capitaliste si il n’enrichit et ne protège qu’une petite partie de l’humanité ? L’humanité est un tout systémique et complexe.

Les entrepreneurs, quel que soit leur type de management et de leadership, voire l’environnement auquel ils sont confrontés conscients ou non, sont engagés… Toujours mobilisés par les défis, à défaut de mission, ils ont l’art de transformer leurs engagements en avantages concurrentiels mettant ainsi leurs intentions au service de la performance et du résultat et, ce faisant, contribuent au développement de la collectivité humaine. Beaucoup se sont engagés dans la RSE, cherchant ainsi à mobiliser leur entreprise dans une mission globale. Est-ce une réponse à cette quête de sens ? Pour ce qui concerne le pilotage et l’évaluation de l’action, peut-être. La RSE cherche à responsabiliser les personnes au quotidien dans une logique normative et modélisante. Pour ce qui est du sens, on peut en douter.

La quête de sens « sortie de crise » dans l’entreprise imposera au manager de répondre à de nouvelles exigences que je traduirais par un impératif de cohérence interne et externe, être manager symbiotique dans un environnement incertain. En effet, le futur pourrait être une succession de crises remettant en cause plus profondément nos modèles économiques et notre approche du management notamment sur les points suivants :

· Une profonde mutation des modes de gouvernance et de management : parité, transparence et égalité salariale, impact sur notre environnement.

· Une profonde mutation du leadership : plus prospectif, visionnaire, transformationnel, engagé dans la responsabilité sociétale et environnementale qui deviennent deux dimensions centrales de la prise de décision, enfin plus « servant manager », coach du développement humain.

· Une profondes mutation des activités : le zéro papier, l’économie d’énergie, la préservation de nos ressources, autant de défis auxquels la digitalisation et la relocalisation sont des réponses ; construire/fabriquer là ou l’on consomme la chose.

· Enfin, une profonde mutation socio-culturelle de la société, les collaborateurs comme les clients, qui entrainera des ruptures dans l’approche Métier : plus orienté client, plus eco-responsable, plus dans la réalisation que dans l’expertise

 

Une approche symbiotique qui offre une vision plus globale des enjeux et défis pour l’entreprise.

Comment anticiper et intégrer ces mutations ? Comment dépasser les postures managériales classiques et mieux intégrer le sens des finalités ? Quelle évolution demain pour un management plus adapté à notre futur entrepreneurial?

Une approche symbiotique qui offre une vision plus globale des enjeux et défis pour l’entreprise et pour le management permettrait probablement une avancée significative. N’est-il pas opportun de poser les questions de fond qui émergent de cette crise sanitaire et demain économique et de repenser le paradigme managérial ? Et d’oser enfin en nommer toutes les conséquences, d’abord

sur le plan individuel:

 Par une attention particulière sur l’équilibre entre l’esprit d’éveil, sensoriel, l’ouverture au monde et à l’autre et l’affirmation de soi (présence claire et congruente : le dire et le faire).

Par l’acceptation de l’inconnu, de l’incertain, oser s’étonner, oser le lâcher-prise et accepter ce que nous sommes. Ce qui renouvelle l’art du contrôle et de la gestion des risques. Comment intellectuellement et psychologiquement équilibrer et rendre complémentaires simultanément le contrôle et le lâcher-prise ?

Enfin, par l’intuition d’un futur, d’une vision qui bien qu’incertaine doit être transformée en ambition qui engage…alors que le présent n’est pas toujours maîtrisé. C’est un exercice d’identification des signaux faibles, de recherche des besoins de demain en intégrant toutes les composantes du systèmes (les structures d’organisation, les processus, les activités, le capital humain).

Egalement sur le plan collectif :

Par le développement d’une intelligence commune, la complémentarité des rôles en équipe, le développement de compétences relationnelles, la mobilité et la transversalité au sein des organisations.

Par une nouvelle forme de  management et leadership qui crée les conditions de l’autonomie et de la responsabilité sociétale pour relever ces défis. En effet, non seulement la pensée du leader est circulaire, complexe et surprenante, mais elle est aussi challengée par le plus grand nombre. Les perceptions, les peurs, les aspirations de chacun impactent l’équipe, vivante et respirante.

Dans l’équipe, le leader « porte le sens » comme disait naguère Vincent Lehnardt. Avec l’équipe, le leader invente le sens. L’équilibre symbiotique du manager est au cœur d’une dynamique des forces en situation. Repenser le paradigme managérial ne consiste pas à écrire une nouvelle table de la loi mais invite chacun de nous sur un chemin d’exigence humaine : inscrire son action dans une conscience globale du monde, appréhender le monde comme un système d’interactions complexe, devenir le papillon du fameux syndrome systémique. 

Un moyen d’élever le niveau de conscience des managers pour devenir plus « leader » et « porteur de sens » est de les questionner sur les différentes « enveloppes identitaires de la personne ».

S’agit-il de compétences nouvelles ? De nouveaux comportements à encourager chez les managers ? A n’en pas douter, ces enjeux questionneront très vite nos modes de management en développant une plus grande conscience du rôle du manager et une nouvelle forme d’apprentissage pour les managers des compétences clés à acquérir.

Un moyen d’élever le niveau de conscience des managers pour devenir plus « leader » et « porteur de sens » est de les questionner sur les différentes « enveloppes identitaires de la personne ».

Il y a pour moi quatre niveaux dans la construction de ces enveloppes identitaires :

Premier niveau : les comportements visibles qui expriment le savoir-faire et le savoir-être de la personne. Suis-je compétent, efficace pour diriger des équipes ? Quels sont mes outils pour manager ? Comment je les utilises au quotidien ?

Deuxième niveau : la motivation, l’engagement et l’intention sur l’environnement. Suis-je capable d’atteindre les objectifs avec discernement Comment j’engage mes équipes ? quelle sont les finalités ? Les drivers qui « m’énergisent ».

Troisième niveau : la projection de soi et de son action dans le temps et dans l’espace, par une analyse et une sensibilité systémiques des enjeux entrepeneuriaux. Quelle est ma conscience de l’impact des activités sur l’environnement au sens RSE du terme ? Quelle vision j’ai de mes activités sur l’évolution du monde ? Quelle sens je donne à mon action ?

Quatrième niveau : le projet de vie, les valeurs individuelles, la raison d’être et d’exister. Qu’est qui m’amène à être manager/dirigeant ? Quelle empreinte je souhaite laisser ? Que veut dire réussir sa vie ?

En conclusion

La performance et la pérennité des entreprises nous invitent à apporter de nouveaux outils aux managers pour les aider à developper de nouvelles compétences en lien avec leurs rôles et responsabilités et acquerir une dimension plus holistique. Les derniers événements (sur le plan social, sanitaire, économique) devraient nous faire réfléchir à l’évolution du management et à l’idée d’un nouveau type de manager qui serait d’abord « symbiotique ». 

L’entreprise humaniste centrée sur l’Homme évolue pour se centrer plus globalement sur notre empreinte terrestre. Aidons nos managers à être des « porteurs de sens » (comme évoqué Vincent Lenhardt dans son livre éponime) en symbiose avec leur environnement.

Jean-François Marvaud